SACRE SERPENT

Au cœur de l’Europe christianisée, on les croyait disparus, relégués dans les laboratoires des herpétologues  ou dans les appartements de rares ophiliâtres. Il suffit pourtant de se rendre en Italie chaque premier jeudi de mai pour voir la statue de saint Dominique grouillante de serpents portés en procession dans les ruelles de Cocullo, un petit village des Abruzzes. Si l’un des reptiles traverse la tête du saint, un malheur surviendra au village. On peut aussi aller sur l’île de Céphalonie, en août, pour assister, lors de la fête de la sainte vierge, à la bénédiction de serpents sacrés par des popes, mais si les charmantes bêtes n’apparaissent pas, il y aura une catastrophe. Les deux dernières fois furent l’entrée de la Grèce pendant la seconde guerre mondiale et le terrible tremblement de terre en 1953.

De l’autre côté de l’atlantique, à Jolo en Virginie Occidental ce sont les Pentecôtiste, une secte américaine manipulatrice de crotale, qui accomplit, chaque semaine, d’étranges rites, aux allures de parodies dionysiaques sur un air de boogie. Suivant l’évangile selon saint Marc : « si tu crois, tu ne craindra pas la morsure du serpent », les pratiquants ne se   soignent pas si un serpent à sonnettes les mordent, ils meurent comme ce fut le cas pour le créateur de la secte Hensley qui finit par mourir en 1955, mordu par un crotale. L’inquiétant séducteur ophidien n’a pas fini de faire parler de lui.

On a tout dit de lui, diable ou idole, dispensateur de santé ou porteur de mort, emblème de la médecine ou de la tentation, il continue de hanter le paysage rituel mondial. Du fin fond de l’Afrique Vaudou au Bénin ou l’on célèbre quotidiennement le python royal malheur à celui qui le tue, et en Inde ou chaque année le Naga-panchami, jour du cobra sacré réunis des milliers de fidèles en particulier des femmes pour retrouver leur fécondité ; le mystérieux rampant attise toujours les passions les plus extrêmes, car la vénération qu’on lui porte n’a d’égale que la crainte qu’il inspire.