Ce travail est le fruit de plus de vingt ans de photographies réalisées lors de mes voyages, de reportages ou d’ateliers sténopés à travers le monde*. Photographe et voyageur, « tailleur d’images », comme me surnomma un jour un fils de chef Touareg, j’ai croisé sur ma route un grand nombre de petits hommes. Autant d’images, autant de « traces intranquilles », découpées en 24x36, qui ont bousculé mes certitudes…

L’enfant, ici, n’est pas roi, encore moins le centre du monde. Confronté à la misère, la guerre, la solitude, l’abandon, enrôlé dans un système de « sur-vie », auquel il a peu de chance de se dérober, il se débat avec ses propres moyens. Un vieux paysan malien, à qui je confiais que des millions d’enfants dans le monde n’étaient pas scolarisés, me répondit, en souriant : « Avant d’aller à l’école, il faut pouvoir manger… ».

J’ai toujours été sensible à leur « débrouillardise » face à l’adversité, leur dignité et leur courage… Ecoliers sans matériel, ouvriers sans machines, vendeurs de tout et de rien, enfants des rues et des bidonvilles, jeunes réfugiés palestiniens ou orphelins cambodgiens… à tous ces jeunes, héritiers infortunés d’un monde souvent impitoyable, j’ai voulu rendre hommage. Alexandre, dit Monsieur l’Ingénieur, 12 ans, fabrique des copies d’avions militaires français en République centrafricaine ; Zakaria, 11 ans, chiffonnier au Caire, trie les ordures dans un hangar, avec pour toute compagnie les rats et les mouches ; Yang, 6 ans, se lève par tous les temps à l’aube, au coeur de la Chine, pour faire des Kata sous l’œil intraitable de son maître… Du Bénin au Cambodge, de la Mauritanie au Mexique, du Cap-Vert à Haïti, de la Chine à l’Egypte ou au Yémen… Autant de petites mains jointes dans cette longue farandole de portraits. Des portraits qui déroulent le fil d’une mémoire qui nous appartient à tous.

Dans ce tour du monde des enfants, l’enfance, parfois, semble volée, mais jamais elle n’en est absente.

L’enfance, pays merveilleux ?